
Jours 16 - Khiva - Ayaz kala
La nuit dans notre hôtel Médersa a été très agréable. Ce matin, le petit déjeuner se fait dehors, toujours des coussins, à même le sol... Mais le soleil déjà haut tape fort. Dans le patio encore ombragé, les garçons d’hôtel arrosent le sol pour donner un peu de fraicheur et faire tomber la poussière.
Pour nous, c’est le départ pour le désert en bus. Nous partons vers le nord. Longtemps, nous longeons la banlieue de Khiva où se sont construits des cottages. Le gouvernement a incité les gens à s’installer loin des centres villes grâce à l’octroi de crédits bancaires, ce, afin de peupler les zones désertiques.
Puis nous traversons Urgench, où dans quelques jours nous viendrons prendre l’avion.
Mais déjà le désert s’impose. Nous sommes dans le Kyzyl Koum, le désert de sable rouge. La végétation du printemps d’un vert amande, adoucit la rigueur du sol sableux. La température grimpe vite.
Bientôt, nous traversons l’Amou Daria, le grand fleuve de l’Asie centrale. Aujourd’hui, suite à l’exploitation intensive du coton et du riz voulue par Staline, le fleuve est un peu fatigué. On a trop puisé dans ses eaux pour irriguer les champs gourmands en eau. Il n’atteint même plus la mer d’Aral, qui, elle aussi, connaît un sort peu enviable, et a perdu en 50 ans plus des trois quarts de sa superficie.
Au bout de 2 heures, nous sommes à pied d’œuvre. Nous sommes entrés dans la république autonome du Karakalpakstan. Et devant nous se dessine la forteresse d’Ayaz Kala qui date du 3ème millénaire avant Jésus Christ. Elle servait à abriter les populations contre les raids nomades. Plus tard une garnison de la région du Korezm s’y est installée pour assurer la sécurité de la région. Aujourd’hui, elle est en ruine, mais ses vestiges sont encore impressionnants.
Un peu plus loin nous découvrons le camp de yourtes qui va abriter notre nuit. Fin de la route. Après, place au désert…
Je suis venue dans le coin en 2016. Le camp de yourte a grandi. A l’époque moins de 10 yourtes se dressaient dans le désert. Aujourd’hui, il en compte une vingtaine. Je retrouve Rano, la propriétaire du camp, dynamique et enjouée, comme par le passé. Elle dirige avec énergie ce petit coin de paradis perdu dans les sables. Depuis le décès de son mari, l’an dernier, elle travaille avec une équipe qui la seconde. Mais elle a fort à faire.
A notre arrivée, nous sommes accueillis dans la « yourte restaurant » où le déjeuner nous est servi. Puis sieste pour presque tout le monde. Il fait très chaud, vraiment très chaud. Quelques courageux vont ensuite braver la chaleur pour aller vers ce qui autrefois était un lac et n’est plus aujourd’hui qu’une saline. On croise la faune locale : de gros scarabées noirs et des geckos. Le silence est immense. La brise qui souffle de temps à autre est salutaire. Mais lorsque qu’elle tombe, nous sommes abrutis de chaleur. Crème solaire et bouteilles d’eau sont nos amis indispensables.
Lorsque nous revenons, le camp s’est rempli. Un groupe de Japonais, un autre d’Italiens. Si nous espérions être seuls, c’est raté. Seuls les dromadaires qui déambulent dans le camp et les alentours semblent totalement indifférents à cette agitation.
Déjà les ombres s’allongent. La chaleur tombe un peu. Il est temps de partir à l’assaut de la forteresse Ayaz Kala. 20 minutes de grimpette. Et nous admirons le couchant flamboyant qui illumine les vieilles pierres et le sable compacté. Dans le silence assourdissant du désert, le soleil disparaît peu à peu, nous offrant un spectacle d’une pureté lumineuse incomparable.
Nous redescendons. Le dîner nous attend : un délicieux ragout de pommes de terre et de carottes à la viande.
Et ensuite, c’est fête dans le désert. Quelques musiciens sont arrivés, une danseuse… pendant presque une heure des chants et des danses traditionnels envahissent la nuit douce.
Nozim nous avait dit que la nuit serait très fraîche. En fait elle est douce et claire. Puis un petit groupe s’éloigne du camp loin des lumières et s’en va rêver sous la voûte étoilée. Près des yourtes, les dromadaires blatèrent.
Ce cadre idyllique est soudain troublé par les braillements du groupe d’Italiens, ivres. A chacun sa notion des lieux authentiques. Mais la rançon du développement du tourisme est lourde et désagréable. Je suis nostalgique de la première année où je suis venue ici. Nous étions 4 dans le camp. Le désert s’offrait à nous.
Nous partons un peu plus loin pour continuer à profiter de cette nuit exceptionnelle. Le ciel est si pur que les étoiles se bousculent là-haut. On a peine à distinguer quelques constellations. C’est magique.
Et c’est une très bonne entrée en matière pour la nuit sous la yourte.
2 oiseaux sont entrés dans celle de Julie, Maêva, Ambre, Lahyna et Floriane. Ils ont même déposé leur obole sur le lit de l’une d’elle. Mais qu’importe…
Bonne nuit à tous. La notre va être riche de rêves et d’étoiles. Nous avons tous une âme de « petit Prince » ce soir.



















